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Orson Welles est un Acteur, Réalisateur, Scénariste, Producteur, Monteur, Créateur de production, Concepteur de costume et Autre Américain né le 6 mai 1915 à Kenosha (Etats-Unis)

Orson Welles

Orson Welles
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Nom de naissance George Orson Welles
Nationalité Etats-Unis
Naissance 6 mai 1915 à Kenosha (Etats-Unis)
Mort 10 octobre 1985 (à 70 ans) à Los Angeles (Etats-Unis)

Orson Welles (né le 6 mai 1915 à Kenosha, Wisconsin, et mort le 10 octobre 1985 à Hollywood) est un artiste américain, à la fois acteur, réalisateur, producteur et scénariste, mais également metteur en scène de théâtre, dessinateur, écrivain et illusionniste.

Il a été parfois crédité sous les noms de O. W. Jeeves ou G. O. Spelvin.

D'abord révélé à lui-même par le théâtre de Shakespeare, puis rendu célèbre par une émission de radio (La Guerre des mondes), Orson Welles devient une figure incontournable du cinéma avec son premier long-métrage, Citizen Kane, que l'ensemble des critiques considère comme l'un des dix films les plus importants du XX siècle.

Par la suite, son style cinématographique, mais aussi son jeu d'acteur, exercent une grande influence sur le cinéma des années 1950-1970, en particulier sur Stanley Kubrick. Artiste précoce et polymorphe, farouchement épris de son indépendance, amateur de cigares, de tauromachie et d'illusionnisme, Welles ne cesse tout au long de sa carrière de revenir au théâtre et à la littérature, aux grands textes classiques (Othello, Don Quichotte) comme aux contemporains (Le Procès). Se défiant du système de production et entretenant sa propre légende d'effets à la fois spectaculaires et énigmatiques, il laisse de nombreux films inachevés.

Biographie

Jeunesse
Son père, Richard Heard Welles, est un industriel dilettante et un grand voyageur ; sa mère, Béatrice Welles née Ives, est pianiste. Le fils les décrit ainsi :

« Mon père était un bon vivant de l'époque édouardienne qui aimait se dire inventeur. Il était généreux et tolérant, adoré de tous ses amis. Je lui dois une enfance privilégiée et l'amour des voyages. Ma mère était une femme d'une beauté mémorable, elle s'occupait de politique, était une championne de tir au fusil, ainsi qu'une pianiste de concert très douée. Je tiens d'elle l'amour de la musique et de l'éloquence sans lesquels aucun être humain n'est complet».

Le jeune Orson grandit dans une ambiance raffinée et cultivée avec une touche d'excentricité. Les témoignages sur sa précocité abondent : il sait lire à deux ans, apprend à jouer du piano à trois ans et met en scène du Shakespeare à sept ans : en effet, la légende, difficile à démêler de la réalité, veut qu'il ait été un enfant prodige et qu'il ait joué Le Roi Lear tout seul à l'âge de sept ans et accompli d'autres exploits avant cela. Ces « exploits » sont désormais connus : il fait à trois ans une apparition dans Samson et Dalila à l'Opéra de Chicago, puis plus tard dans Madame Butterfly.

En 1919, ses parents se séparent et Orson suit sa mère à Chicago. À dix ans, il interprète Peter Rabbit dans les locaux du centre commercial Marshall Field's à Chicago. Par la suite, le journal local lui consacre un article titré : « Dessinateur, acteur, poète ; il n'a que dix ans ». Ses aptitudes et sa passion pour le monde du spectacle ne s'arrêtent pas là : il se veut également décorateur, metteur-en-scène et surtout comédien et ce qu'il préfère avant tout c'est le transformisme et les postiches.

Côté scolarité, il entre comme interne à dix ans dans une école située à Madison (Wisconsin), où il monte une adaptation théâtrale de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. En 1926, il intègre la Todd School for Boys, un établissement ouvert aux pratiques artistiques situé à Woodstock (Illinois) et dirigé par Roger Hill, à qui Welles rend hommage par la suite. En effet, durant ses quatre années passées à la Todd School, il approfondit son goût pour la tragédie et la poésie classique, mais aussi pour l’illusionnisme. Très attaché à cette école, il y retourne durant l'été 1934 pour y monter un festival de théâtre qui donne lieu à son premier ouvrage, Everybody's Shakespeare..

Deux événements personnels viennent ternir l'enfance et l'adolescence d'Orson : il perd sa mère, âgée seulement de quarante ans, le 10 mai 1924, perte suivie six ans plus tard par la mort de son père. Orphelin à quinze ans, il est pris en charge par le pédiatre Maurice Bernstein (qu'Everett Sloane incarne plus tard dans un rôle transposé pour Citizen Kane), un ami de longue date de ses parents qui va continuer à parfaire son éducation : il a discerné en Orson, dès son plus jeune âge, un goût hors du commun pour le théâtre et l'illusion, lui offrant même une lanterne magique et un théâtre de marionnettes.

En 1930, encore étudiant à la Todd School, Orson gagne le prix de la meilleure mise en scène estudiantine avec son Jules César, prix décerné par l'Association dramatique de Chicago. Bernstein lui propose de l'inscrire à Harvard puis le présente à Boris Anisfeld du Chicago Art Institute qui se montre impressionné par ses dessins, et Welles demande un congé sabbatique pour faire un « tour d'Europe ».


Gate Theatre (1930–1933)

Il choisit de partir durant l'été 1930 pour l'Irlande, afin d'étancher sa soif de peinture – de fait, Welles a dessiné toute sa vie. Il parcourt le pays avec une roulotte tractée par une mule , fait un crochet par les Îles d'Aran, se rend à Dublin et de là, à Paris où le magicien Harry Houdini l'initie à l'Illusionnisme. Âgé de seize ans et sans un sou, il revient à Dublin et se présente comme « vedette de théâtre new-yorkaise » à Hilton Edwards et Micheál Mac Liammóir, directeurs du Gate Theatre : Orson se montre très convaincant, car il s'est habilement grimé, et sa voix chaude et grave le fait passer pour plus âgé qu'il n'est. Grâce à cette mystification, il est enrôlé et demeure à Dublin, où il approfondit son expérience de la scène :

« Je commençais en jouant les premiers rôles en vedette. Les petits rôles vinrent plus tard. ». Le Gate, où débute également James Mason, révéle Welles à son « démon du théâtre ». Il interprète le rôle du duc Karl Alexandre dans une adaptation du Juif Süss, mais surtout les rôles titres dans Hamlet, Richard III, King John, Timon d'Athènes, soit une vingtaine de pièces, rencontrant pour la première fois un vrai public. Par intermittence, il est également régisseur son et lumières pour l'Abbey Theatre, le concurrent plus conservateur du Gate.


Aficionado
Ambitieux, Welles décide de partir à la conquête des théâtres londoniens, mais son permis de travail lui est refusé et il retourne à Dublin. Entre deux saisons théâtrales, il effectue un séjour à Séville et se fait passer pour un auteur de romans policiers. Il a déclaré à ce propos : « J'habitais dans le quartier de Triana. J'écrivais des romans policiers, ce qui me prenait deux jours par semaine et me rapportait trois cents dollars. Avec cet argent, j'étais un grand seigneur à Séville ». C'est également durant cette période qu'il se prend de passion pour la corrida. Après avoir découvert l'Andalousie à dix-sept ans, il pratique la tauromachie en tant que Aficionado practico, puis la corrida en tant que novillero. Ce sera une de ses passions sa vie durant (voir plus loin).

En 1932, il réalise un premier exercice cinématographique, un essai de dix minutes, mettant en images le Docteur Jekyll et Mister Hyde, mais d'après McBride, « il ne s'agit que d'un travail amateur et chaotique, dans lequel Welles et quelques amis dublinois, s'amusent ». En 1934, il décide de retourner aux États-Unis.


New York (1934–1938)
En 1934, après cette immersion dans le théâtre, il retourne aux États-Unis, non sans amertume et quelque peu désœuvré. Le jeune homme possède alors une solide culture littéraire, ainsi qu'une bonne maîtrise des techniques de mise en scène. Pourtant les années 1933-1934 apportent nombre de changements, d'abord par la scène puis par son mariage.


Off-Broadway
Alors qu'il peine à trouver des rôles à sa mesure, que ses propres pièces comme The Marching Song sont refusées et que les États-Unis s'enfoncent dans la crise, Welles produit, toujours grâce à Roger Hill, une série d'ouvrages éducatifs illustrés intitulée Everybody's Shakespeare, qui lui permet de visiter l'Afrique du Nord et de là, de ramener des centaines de dessins. Entre temps, il rencontre Thornton Wilder qui lui ouvre les portes de spectacles produits off-Broadway : c'est ainsi qu'il commence à jouer dans la troupe de Katharine Cornell, et c'est durant son interprétation dans Roméo et Juliette qu'il est remarqué par John Houseman.

La chance lui sourit également quand Roger Hill, directeur de la Todd School, le contacte pour lui demander d'organiser un festival théâtral (Summer Festival of Drama) durant l'été. Il réussit à inviter Mac Liammóir et Edwards, les directeurs du Gate. Au cours des répétitions, il rencontre une jeune actrice en devenir, Virginia Nicholson (1916-1996), qu'il épouse quatre mois plus tard — en mars 1938, le couple a une fille prénommée Chris, mais divorce en 1939. Virginia se remarie avec le scénariste Charles Lederer l'année suivante.


The Hearts of Age
Dans l’intervalle, Welles tourne son premier film, The Hearts of Age, un court-métrage muet d'une durée de huit minutes et par lequel, selon ses termes, il « raille l'univers poétique et fantasmagorique de Jean Cocteau ». Welles y interprète le rôle d'un homme en chapeau et grimé, tentant de descendre d'un bateau puis jouant du piano, tandis qu'une femme âgée le menace. Le montage « vigoureux et débridé », les angles et la lumière, révèlent un style très marqué par le cinéma expressionniste et l'esprit surréaliste. Virginia y campe la vieille dame et l'agent de police, son camarade de théâtre William Vance interprète un indien, le tout ponctué de plans de cloches d'église et de croix. Une séquence montre la main de Welles en train de dessiner. Restauré et conservé à la Bibliothèque du Congrès, ce premier opus ne détourne pas vraiment Welles de sa passion pour le théâtre.


Federal Theatre Project
Au vu de ses performances avec Cornell, le producteur et directeur de théâtre John Houseman lui offre de travailler avec lui, dans le cadre du Federal Theatre Project, un programme culturel issu du New Deal et opérationnel en septembre 1935. En avril 1936, il fait sensation en montant sur les planches d'un théâtre d’Harlem une adaptation très originale du Macbeth de Shakespeare, transposant sur scène la vieille Écosse, brumeuse et froide, en une ambiance caraïbe inspirée de l'histoire moderne d'Haïti, le tout interprété par des acteurs noirs. L'histoire se déroule à l'époque du roi Henri Ier, et les sorcières deviennent des prêtresses vaudou. Il monte également le Faust de Marlowe dans une ambiance tamisée et mortifère. Après une adaptation d'Un chapeau de paille d'Italie (Horse Eats Hat) d'Eugène Labiche qui voit apparaître Joseph Cotten pour la première fois, Houseman et Welles connaissent en juin 1937 un véritable succès, doublé d'un autre scandale, avec une sorte de satire de la vie politique américaine en forme d'opéra composé par Marc Blitzstein et intitulée The Craddle will rock. De nombreux opposants politiques, ainsi que des ennemis du Federal Theatre, font pression à Washington et obtiennent que la police donne l'ordre de fermer les portes du théâtre. Houseman et Welles décident alors de jouer l'opéra dans la rue, où 600 personnes se sont rassemblées.

Les deux hommes démissionnent et fondent à la fin de l'année 1937 le Mercury Theatre, essentiellement pour servir le répertoire shakespearien. Leur première production est Jules César dans une mise en scène inspirée du fascisme mussolinien.


Too Much Johnson
Deuxième court-métrage de Welles, Too Much Johnson est produit par Mercury Productions et s'inscrit donc dans le cadre des représentations théâtrales engagées avec Houseman. L'origine du film n'est pas une œuvre de Shakespeare, mais une farce écrite par William Gillette. Tourné au cours du l'été 1938 dans les environs de New York et d'une durée de 40 minutes, ce film muet devait faire partie intégrante du spectacle, servant et de prologue et d'entractes. Pour des raisons multiples, il n'est pas projeté lors de l'avant-première prévue au festival du Stony Creek Summer Theater. On voit dans le rôle-titre Joseph Cotten déambuler sur les toits de New York, mais aussi Virginia Nicholson, Welles et Marc Blitzstein.


Débuts en radiophonie

Parallèlement à son activité théâtrale, Welles fait dès 1935 ses débuts à la radio, dans l'émission March of Time, où sa voix chaude et grave séduit les auditeurs : durant quatre ans, il collabore à une quinzaine d'émissions par semaine. La chaîne CBS l'engage pour réaliser des adaptations radiophoniques d'œuvres littéraires, avec ce qui constitue plus tard la troupe du Mercury Theatre notamment Joseph Cotten, Everett Sloane, Agnes Moorehead, Dolores del Río, Ray Collins, et George Coulouris. L'émission hebdomadaire, intitulée Mercury Theatre on the Air, met en ondes de nombreux romans, dont La Splendeur des Amberson — qui constitue plus tard son deuxième long-métrage —, mais aussi L'île au trésor de Robert Louis Stevenson, Jane Eyre de Charlotte Brontë, Jules César de Shakespeare et Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne. L'expérience dure vingt et un mois.

Durant la soirée du lundi 30 octobre 1938, veille d'Halloween, CBS diffuse une adaptation de La Guerre des mondes de Herbert George Wells. Cette émission, du fait de sa mise en onde très réaliste (Welles se fait passer pour un présentateur de CBS interrompant le programme), a, selon une thèse très répandue, mais aujourd'hui remise en question, effrayé une bonne partie de la Côte Est des États-Unis qui aurait cru à l'invasion du pays par des Martiens. Les circonstances de cette émission s'avèrent pourtant moins « glorieuses » que ses conséquences. Les standards de CBS, mais aussi des commissariats ont été submergés d'appels de personnes prétendant avoir aperçu des Martiens. La panique est relayée durant une semaine dans la presse. Rétrospectivement, l'ampleur de la panique aurait été, selon certains auteurs, considérablement exagérée au fil des années, entre autres par Welles lui-même. Cette émission permet cependant à Welles de devenir célèbre dans tout le pays du jour au lendemain, ce qui lui ouvre les portes de Hollywood, où il lui est proposé un contrat en or.


Hollywood (1939–1947)

Tandis que Welles continue à travailler avec Houseman pour CBS dans une émission identique, mais désormais rebaptisée The Campbell Playhouse (du nom de la Campbell Soup Company, sponsor du show), il est contacté au cours de l'année 1939 par le tout nouveau président de la RKO Radio Pictures, George J. Schaefer (1888-1981) dont l'ambition consiste à faire des films de qualité. Le magazine Life vient de désigner Welles comme le « nouveau Max Reinhardt ». Et le 22 juin, il débarque sur la Côte Ouest. Contrairement à la légende, ce contrat des studios ne lui laisse pas « une entière liberté », mais prévoit tout de même qu'il peut être à la fois scénariste et réalisateur, mais aussi coproducteur via sa société Mercury Production, un statut en vérité assez inhabituel, mais la RKO restant le distributeur, son droit de veto demeure considérable notamment sur le choix des acteurs et sur le montant des sommes avancées. Par ailleurs, on lui demande un film par an sur une durée de cinq ans, en échange de 25 % des bénéfices et 150 000 dollars d'avance, avec une liberté concernant le choix de la musique et même du montage, chose rarement vue à Hollywood.

Divorcé, puis installé à Brentwood (Los Angeles) et entouré de secrétaires, Welles travaille d'abord à l'adaptation du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness) et propose l'utilisation d'une caméra subjective. La RKO refuse pour cause de dépassement de budget prévisionnel, le projet, pourtant scénarisé, n'aboutit pas. À peine le Conrad refusé, Welles propose une adaptation cette fois de Cecil Day-Lewis, un polar politique intitulé The Smiler with a Knife, qui raconte l'histoire d'un femme détective qui enquête sur un mystérieux personnage vivant incognito et qui s'avère être un futur despote doublé d'un aviateur excentrique (visiblement inspiré d'Howard Hughes). Le choix de Lucille Ball pour le rôle-titre déplait aux studios, Carole Lombard ayant décliné l'offre. Côté vie privée, Welles noue une relation avec Dolores del Río ; en 1940, il rompt son association avec John Houseman.


Citizen Kane

Un an après son arrivée à Hollywood, Orson Welles, associé au scénariste Herman Mankiewicz (frère du cinéaste Joseph L. Mankiewicz), écrit le scénario de Citizen Kane et s'inspire en partie de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst. Toute la troupe du Mercury est intégrée dans la distribution. Le cinéaste a enfin obtenu le contrôle total du tournage, car il désire maintenir secret le sujet de son film. Les producteurs essaient de s'en mêler en débarquant à l'improviste sur le plateau, mais ils n'y trouvent que les techniciens et les acteurs en train de jouer au baseball, sur l'ordre du réalisateur rendu méfiant.

Le tournage se déroule du 30 juillet au 23 octobre 1940. Une fois le montage et la postproduction achevés durant l'hiver, Orson Welles participe à de nombreuses manifestations promotionnelles où on ne lui exprime que le parallèle entre le personnage de Charles Foster Kane et Hearst, et la réaction de ce dernier qui vient d'engager une campagne de dénigrement par l'intermédiaire de ses propres journaux. Lassé, Welles déclare : « Lorsque le bruit déclenché par Citizen Kane sera apaisé, je tournerai un grand film sur la vie de Hearst ». Les choses s'enveniment à tel point qu'au sein de l'état-major de la RKO, il est question de confisquer le négatif du film ; les dirigeants décident malgré tout de lâcher du lest non sans avoir fait passer une copie à Hearst, et Welles, s'estimant trahi, menace publiquement la société d'un procès en rupture de contrat, en son nom et en celui du Mercury Theatre : le film a coûté 800 000 dollars. Sa santé s’altère tant que son médecin l'envoie prendre du repos dans une clinique de Palm Springs. Malgré la campagne de dénigrement orchestrée par Hearst qui dure jusqu'en avril 1941, le film sort en salles, avec retard, le 1er mai et d'abord au New York Palace. La critique s'avère unanimement positive : le film apparaît comme une révolution du point de vue de la technique cinématographique et de la structure du récit. Plus tard, Welles dit que, pour la réalisation, il s'est inspiré du Roman d'un tricheur de Sacha Guitry quant à certains effets stylistiques (flashbacks, fondus, caméra subjective, voix-off, etc.), effets que l'on retrouve dans les films suivants. Toujours est-il que si le public n'est pas au rendez-vous, Welles décroche tout de même le premier Oscar du meilleur scénario original et qu'il partage avec Herman Mankiewicz.


La Splendeur des Amberson

Pour échapper au monde d'Hollywood, Welles s'accorde quelques semaines de mise en scène sur les planches où il monte une adaptation de Native Son de Richard Wright. Puis il s'attelle à un nouveau script inspiré du roman La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) de Booth Tarkington, qu'il a en octobre 1939 déjà transposé à la radio.

Le tournage se déroule du 28 octobre 1941 au 22 janvier 1942 : la destruction de Pearl Harbor survient entre-temps et le film s'achève dans un climat oppressant, surtout que Welles s'affaire déjà à d'autres projets. Pour ce deuxième film, le studio reconsidère en effet son contrat, réduisant sa marge de manœuvre en termes de montage final : n'y ayant pas accès, Welles part au Brésil pour tourner dans un premier temps un reportage sur le carnaval de Rio. Là-bas, il apprend que Schaefer est viré (Welles perd son protecteur) et qu'à la suite de deux pré-projections négatives en termes de retour, la RKO ampute le film de près de 43 minutes, lesquelles ne seront jamais retrouvées. La RKO fait également tourner une autre fin plus « moralement acceptable » par l'assistant-réalisateur Freddie Fleck et le monteur Robert Wise qui s'est déjà illustré sur Citizen Kane. Par ailleurs, mécontent que sa partition soit également mutilée, Bernard Herrmann refuse que son nom soit porté au générique qui figure comme l'un des premiers aux États-Unis à être récité à haute voix, se concluant par la marque finale devenue mythique : My Name is Orson Welles (Mon nom est Orson Welles, selon l'habitude des présentateurs radio). La première a lieu le 13 août 1942 et le film, qui n'engrange que 620 000 dollars, est sur la liste de quatre Oscars, mais sans succès.


Conflits avec la RKO


Commencé en même temps que La Splendeur des Amberson, le tournage du Voyage au pays de la peur (Journey into Fear) place Welles dans une position délicate : il est sur ce dernier à la fois acteur et producteur, mais son contrat avec la RKO, initialement prévoit qu'il le dirige. Visiblement plus intéressé par La Splendeur des Amberson, Welles froisse quelque peu les studios en quittant le plateau. Par ailleurs, et sur les instances de Nelson Rockefeller, il met en chantier un troisième projet durant cet automne 1941 : intitulé d'abord Pan American et bientôt rebaptisé It's All True, regroupant quatre épisodes documentaires, Welles y brosse la vie des Américains sur les deux continents. Durant l'été 1941, et dans le cadre de ce travail de commande visant à rapprocher les peuples américains menacés par la guerre, Welles prend contact avec Duke Ellington et lui commande une suite musicale pour un portrait de Louis Armstrong qui ne s'accomplit jamais. En septembre, Norman Foster est dépêché à Mexico pour tourner l'épisode intitulé My Friend Bonito, l'histoire d'un taureau et d'un garçon, lequel est intégré plus tard au projet de documentaire.



De février à août 1942, Welles parcourt le Brésil en quête d'images pour deux épisodes : The Story of Samba (l'histoire de la samba) et Four Men on a Raft (quatre pécheurs brésiliens sur un radeau). On peut supposer aussi qu'une telle distance permit à la RKO d'en profiter : « J'étais en Amérique du Sud et attendais les rushes de Voyage au pays de la peur ; c'est alors qu'un galopin de la RKO, ayant reçu l'approbation bienveillante d'un couple de vice-présidents et des censeurs du studio, se permit de monter le film. Le résultat fut heureusement présenté par une nuit noire, alors que personne ne regardait. » dit plus tard Welles. Les raisons pour lesquelles It's All True reste inachevé sont multiples : d'abord la direction de la RKO change, après le départ de Schaefer, c'est Rockefeller qui se retire. Et puis il y a le montage de La Splendeur des Amberson qui a rendu furieux Welles. Par la suite, le tournage est annulé et les bobines disparaissent.



L'année 1943 marque un retour à l'optimisme : le 7 septembre 1943, il épouse la star Rita Hayworth, ils ont une fille, Rebecca, en 1944, mais divorcent en 1948. Invité par Franklin Roosevelt à participer à l'effort de guerre, il propose une série de conférences un peu partout aux États-Unis, dont certaines sont publiées dans le New Farmer Almanac et le New York Post ou diffusées sur CBS, et ce, durant toute la guerre. CBS programme en 1942-43 : Ceiling Unlimited, une série radiophonique de 13 épisodes qui valorise l'armée de l'air américaine, commandée par Lockheed-Vega, mais écrite, réalisée et récitée par Welles ; puis Hello Americans qui consiste en 12 épisodes enregistrés dans différents pays du continent américain.

Début 1944, Welles devient une vedette de cinéma avec Jane Eyre de Robert Stevenson, qui est par ailleurs une adaptation de la pièce radiophonique jouée par The Mercury Theatre on the Air. Welles y incarne le premier rôle et connaît un beau succès commercial.


Le Criminel

Welles s'investit à la fin de l'année 1943 dans le théâtre aux armées, produisant entre autres des tours de magie. La revue est baptisée The Mercury Wonder Show et participe notamment au film à sketch Hollywood Parade (Follow the Boys), dans lequel il découpe en morceaux Marlene Dietrich et où il se qualifie de « magicien amateur ». Cette même année, il écrit un scénario intitulé Monsieur Verdoux, inspiré d'un fait divers français, l'affaire Landru, et pour lequel il pressent Charlie Chaplin pour le rôle titre : Chaplin n'ayant jamais été dirigé par personne le réécrit après lecture et le transforme selon ses besoins, y incluant notamment une critique socio-économique, et, pour dédommager Welles, lui propose 5 000 dollars, ainsi que sa présence au générique.

Welles ne revient derrière la caméra qu'à la fin à l'automne 1945 avec Le Criminel (The Stranger) : Sam Spiegel et la RKO, plus réticente que jamais, lui proposent de réaliser ce film, à condition de prendre le scénario de Anthony Veiller sans modification ; John Huston qui n'est pas crédité, aide Welles du mieux qu'il peut et les deux hommes deviennent amis. Welles expédie la mise en scène avec dix jours d'avance sur la date prévue et le film sort le 25 mai 1946, puis connaît un franc succès, mais Welles lui-même le considère « comme étant son plus mauvais. Il n'y a rien de moi là-dedans. Je l'ai fait pour prouver que je pouvais tourner un film comme tout le monde. […] Les deux bobines tournées en Amérique du Sud étaient ce qu'il y a de mieux dans le film. Spiegel les a supprimées ». Welles y interprète un ancien nazi et c'est aussi le premier film à montrer des images de camps de concentration. Toutefois, l'année 1946 doit lui apporter une véritable satisfaction : tourner librement avec son épouse, Rita Hayworth.


La Dame de Shanghai

Il réalise cette année-là La Dame de Shanghai (The Lady of Shanghai) vaguement inspiré d'un roman de Sherwood King, et magnifié par la présence de Rita Hayworth — avec qui il est déjà en instance de divorce. Le public crie au scandale en voyant la rousse Rita, symbole du glamour hollywoodien, transformée en blonde platine aux cheveux courts, devenue à l'écran une héroïne cynique et froide ; on boude le film pendant les projections tests, lesquelles n'emballent pas non plus la Columbia qui préfère retarder sa sortie au profit de Gilda, autre film avec Hayworth en vedette. Le film ne sort qu'en mai 1948. Le quatrième long-métrage de celui que la presse décrit déjà comme l'« enfant terrible d'Hollywood à l'étoile pâlissante » s'achève sur la séquence du palais des glaces, où Rita Hayworth et Everett Sloane, qui jouent un couple marié, s'entretuent dans un terrifiant vacarme de verre brisé, labyrinthe de miroirs dont seul parvient à s'échapper le personnage principal (et narrateur), Michael O'Hara, interprété par Welles.

Juste après le tournage, Welles revient au théâtre et donc à New York. Certaines séquences de La Dame de Shanghai sont utilisées par Welles pour sa pièce, Around the World in 80 Days d'après Jules Verne, dont l'adaptation filmique est envisagée par Michael Todd. Avec cette dispendieuse production théâtrale que le public boude, Welles connaît pour la première fois des ennuis d'argent.


Macbeth


Durant l'été 1947, Herbert Yates, le président de Republic Pictures, un petit studio indépendant spécialisé dans le western et les séries B, accepte de financer son nouveau projet de film, l'adaptation du Macbeth de Shakespeare contre 200 000 dollars, le dépassement devant être payé par Mercury Theatre, autrement dit Welles. Ce pari économique n'est pas tenu : Orson Welles paye près de 100 000 dollars en extra, tout en dissimulant la pauvreté des décors au milieu d'un brouillard artificiel, mais en tournant son film en seulement vingt et un jours. Le résultat est saisissant d'étrangeté et de mystère, et restitue parfaitement « l'atmosphère tellurique de la tragédie ». Sorti le 1er octobre 1948, le film manque d'être présenté à la Mostra de Venise face à l'Hamlet de Laurence Olivier, puis disparait des écrans. Il sort en France en 1950 et André Bazin se présente comme l'un de ses plus ardents défenseurs, contribuant, avec Jean Cocteau, à faire venir « l'enfant prodigue » en Europe. En réalité, Welles sort totalement ruiné de cette expérience et le fisc américain lui réclame de fortes sommes. Dès la fin 1948, il embarque pour Cinecitta, où il travaille pour divers rôles, profitant ainsi de sa notoriété d'acteur.


Tour d'Europe (1949–1956)
Outre ses ennuis avec le fisc, Welles est désormais tombé en disgrâce auprès des producteurs américains, en particulier parce qu'il figure depuis novembre 1947 à la suite des recommandations de l'HUAAC sur la liste noire de la MPAA, laquelle refuse d'employer des artistes supposés être de tendance communiste. Paradoxalement, Welles n'a jamais caché son aversion pour les fascismes et le stalinisme, entretenant même une correspondance entre autres avec Eisenstein. Victime collatérale du Maccartysme, Welles part en Europe où il joue dans de nombreux films pour financer son nouveau projet shakespearien : Othello.


Le Troisième Homme
Après Rome dont on peut retenir Black Magic (Cagliostro) qui permet la rencontre avec Akim Tamiroff, puis après quelques projets parisiens avortés, Welles tourne surtout à Londres. Le film qui amorce la transformation d'Orson Welles en un véritable mythe en Europe est celui où, entre ombre et brouillard, il n'apparaît que peu (comparé à Joseph Cotten) et qui ne connaît pas non plus un énorme succès : adapté du roman éponyme de Graham Greene (également scénariste), Le Troisième Homme du Britannique Carol Reed reste pourtant un cas à part dans sa carrière d'acteur. Reed reconnaît plus tard que Welles s'est particulièrement investi dans cette aventure qui les a menés à Vienne, prodiguant même quelques conseils sur deux ou trois séquences, mais pas plus. Son personnage fait corps avec lui et Welles devient pour tous Harry Lime, « l'homme qui meurt deux fois » doublé d'un truand équivoque et fascinant.


La France
Le public français découvre les premiers films de Welles bien entendu après la Libération. Jean-Paul Sartre fait alors l'éloge de Citizen Kane un an avant que le film ne sorte en salles en juillet 1946. Plus tard, les jeunes critiques des Cahiers du cinéma se laissent également séduire, André Bazin en tête.

À New York pendant la guerre, Orson Welles a assisté à une projection de La Femme du boulanger de Marcel Pagnol. Welles débarque à Marseille en septembre 1946, et Pagnol raconte qu'il a vu surgir dans son bureau un géant qui s'est exclamé : « Je veux voir monsieur Raimu ! ». Mais Raimu vient juste de mourir, et Welles de fondre alors en larmes : « C'était le meilleur de nous tous ! », finit-il par dire, avant d'expliquer qu'il avait envisagé de faire appel à Raimu pour quelques projets de films. Entre Pagnol et Welles, c'est l'amitié, ce dernier n'hésitant pas le à critiquer, disant par exemple de La Femme du boulanger qu'il est « parmi les meilleurs films du monde, mais parmi les plus mal filmés ». Welles fait aussi la connaissance d'un collaborateur de Pagnol, le photographe de plateau Roger Corbeau, qui est engagé sur Dossier secret et Le Procès. Quelques années plus tard, Welles est contacté par Sacha Guitry qui lui propose le rôle de Benjamin Franklin dans Si Versailles m'était conté et celui de Hudson Lowe pour son Napoléon. Lorsque Bill Krohn s'entretient avec Welles à la fin des années 1970, celui-ci lui révéle qu'il a forgé son style « d'essayiste, en s'inspirant du travail de Guitry ».


Londres
En 1951, le producteur indépendant Harry Allan Towers demande à Welles, alors installé entre Londres et l'Italie, de réaliser Tales from the Black Museum, une série radiophonique en 51 épisodes inspirés de faits divers réels tirés des dossiers de Scotland Yard et de la Metropolitan Police Service. Towers réussit à exporter ce programme sur l'ensemble des chaînes anglophones dans le monde. Aux États-Unis, il est diffusé sur Mutual Broadcasting System durant l'année 1952. La scénarisation est signée Ira Marion et possède l'originalité de faire entendre à la fois le point-de-vue de la police et des criminels.


Othello
Welles va mettre quatre ans à tourner Othello (The Tragedy of Othello: The Moor of Venice). Bien qu'inscrit au répertoire du Mercury Theatre, André Bazin situe le début de ce projet lorsque Welles s'est trouvé en Italie. Un séjour à Venise et une liaison avec Lea Padovani qui devait interpréter Desdémone, lui permettent de faire remonter le début du tournage à l'été 1948. Les cachets italiens de l'acteur (via Mercury Productions) servent à payer les premières séquences, puis les cachets de Londres sont exploités. Après une première audition décevante, il fait appel à Micheál MacLiammóir pour jouer Iago, puis à Suzanne Cloutier pour Desdémone. L'équipe du film se révèle bientôt composée de différentes nationalités, car le tournage interrompu par les problèmes d'argent doit s'adapter à de nombreux changements de lieux. Ainsi, Welles utilise de nombreux plans extérieurs (Venise, Rome, Pérouse, Viterbe, Essaouira) en réalise d'invisibles raccords, tisse son film de façon obstinée, et suivi tant bien que mal par son équipe, se retrouve sans producteur italien (Michele Scalera dépose le bilan en 1950), est sauvé par Les Films Marceau, pour un budget total d'environ 6 000 000 lires avec un montage qui comprend 2 000 plans (contre 500 pour Citizen Kane). Le film conserve cependant la marque du réalisateur, qui affirme : « Le montage est essentiel pour le metteur en scène, c'est le seul moment où il contrôle complètement la forme de son film ». Sa réussite artistique est saluée par le Grand prix (ex-æquo) à Cannes en 1952, le film étant présenté sous pavillon marocain.


Débuts à la télévision
Welles revient ensuite sur les planches et c'est au théâtre Édouard VII à Paris qu'il propose une adaptation de sa propre pièce The Unthinking Lobster (Miracle à Hollywood), une fable satirique contre le système de production hollywoodien pour laquelle il tourne en guise de prélude le court-métrage The Miracle of St. Anne et recrute Eartha Kitt ; l'ensemble s'intitule The Blessed and the Damned. La critique parisienne dont Le Monde, salue les prouesses techniques, mais s'inquiète du coût financier, aussi Welles remplace le tout par du Musset et du Shakespeare, Eartha clôture la soirée avec un récital de chansons puis le spectacle part en tournée. Revenu à Londres, Welles finit enfin par y monter du Shakespeare grâce à l'aide de Laurence Olivier, puis participe au lancement de la chaîne BBC2 avec une adaptation du Marchand de Venise. En 1955, la BBC lui commande une série, The Orson Welles Sketchbook, six épisodes dans lesquels il raconte des anecdotes personnelles tout en dessinant. Dans la foulée, Associated-Rediffusion, une société de production londonienne, passe commande de treize téléfilms : Around The World with Orson Welles (ITA, 1956) est un « travels essays film », tourné à Londres, en France, en Espagne et qui comprend : Le Pays basque, La Vie au Pays basque, Le Troisième Homme à Vienne, Saint-Germain-des-Prés, Les Pensionnaires de la Reine, Tauromachie en Espagne et enfin L'Affaire Dominici.

Pour la radio anglaise, il participe à une série en 52 épisodes, préquelle au Troisième homme et intitulée The Adventures of Harry Lime (BBC, 1951-52). Sur ce, il rencontre Peter Brook qui adapte avec lui King Lear (Le roi Lear) pour la télévision américaine (Omnibus Theatre, CBS, 1953).


Dossier secret
Après des débuts remarqués à la télévision, il se lance totalement dans le projet d'un nouveau film, en partie inspiré de trois épisodes des Adventures of Harry Lime . Non seulement ce film a deux titres (voire trois), mais aussi cinq versions en salle. L'histoire du tournage est aussi complexe que celle d'Othello.



Intitulé sur le script de départ Masquerade, puis Confidential Report (Dossier secret) et produit par le français Louis Dolivet (qui va confisquer le montage), le tournage s'étale sur sept mois (1953-54), entre Ségovie, Madrid, Valladolid, Munich, Paris, la Côte d'Azur et le Château de Chillon. Arkadin, le personnage que joue Welles, prend sa source dans la vie du milliardaire Basil Zaharoff et l'homme chargé d’enquêter sur son passé s'avère Lime, mais Welles le rebaptise Van Stratten. La sortie du film prend deux ans de retard, car le montage entamé par Welles dure presque toute l'année 1954, à cause surtout de la postsynchronisation. La première a cependant lieu à Madrid en mars 1955 sous le titre Mister Arkadin, puis à Londres cinq mois plus tard et enfin Paris (juin 1956). La critique est partagée, mais Éric Rohmer compare alors Welles à Eisenstein.



Au début du tournage, Welles rencontre l'actrice italienne Paola Mori qu'il épouse en mai 1955 – ils ont une fille, Beatrice Welles, née à la fin de la même année ; Welles quitte Paola en 1962 pour vivre avec Oja Kodar.


Intermède américain (1956–1959)

Welles est déjà revenu à Broadway en 1954 pour un King Lear remarqué et d'ailleurs capté par CBS, mais c'est à Londres qu'il transpose pour la scène Moby Dick, le roman de Melville en 1955, mise en scène bientôt captée à son tour par la télévision anglaise : intitulée Moby Dick - Rehearsed, le montage n'a jamais été achevé. Peu après, John Huston est alors chargé de réaliser un film, à partir d'un scénario de Ray Bradbury : c'est Moby Dick (film, 1956), où Welles joue le Père Mapple, et qui revient donc après dix ans d'absence à Hollywood. Il participe à nombre d'adaptations shakespeariennes pour CBS et NBC, mais surtout, et contre toute attente, il réalise un long-métrage.

En 1958, il se voit confier la réalisation de La Soif du mal (The Touch of Evil), d'après un petit roman noir, par les studios Universal. Dans des entretiens ultérieurs avec Peter Bogdanovich, Welles explique comment Charlton Heston, véritable star à l'époque, a joué dans ce choix un rôle déterminant. Désirant la star pour le projet, Universal convoque Heston, qui apprend que la distribution intègre Janet Leigh dans le rôle de sa femme, et Orson Welles, dans le rôle du commissaire Quinlan. À la suite d'un malentendu, Heston comprend que « Welles va être le réalisateur du film », alors il déclare : « Si Welles est le réalisateur, je suis d'accord ». Contacté, Welles donne son accord pour un bout d'essai. Les producteurs visionnant tous les soirs les rushes, sont emballés au point de proposer à Welles de signer un contrat de quatre films pour les cinq ans à venir. Hélas pour lui, une fois le film monté, le studio change radicalement de position. Universal décide de faire remonter complètement le film par un autre réalisateur, de couper des scènes et d'en tourner de nouvelles à la hâte. Welles déclare : « L'humour que j'ai mis dans le film était inhabituel pour l'époque. Aujourd'hui, il s'est banalisé. Mais à l'époque, il a déplu aux pontes d'Universal ». C'est là son dernier film hollywoodien : on y retrouve Akim Tamiroff et Marlene Dietrich, et un plan séquence inaugural mythique. Durant ce séjour, il tourne notamment dans Les Feux de l'été d'après William Faulkner où il décroche un rôle face à Paul Newman et travaille pour Desilu Productions, qui le contacte fin 1956 pour lancer une série, The Orson Welles Show, mais le projet est avorté. La chaîne NBC programme The Fountain of Youth (La Fontaine de jouvence), seul épisode achevé et qui remporte un prestigieux Peabody Awards.


Retour en Europe
Avant de rentrer en Europe, Welles fait la connaissance à Mexico d'Oscar Dancigers, producteur entre autres de Luis Buñuel. Un nouveau projet émerge : adapter le Don Quichotte de Cervantès. Ce film n'a jamais été achevé, mais Welles, toute sa vie durant, a tenté de le terminer (cf. plus loin). En 1961, la chaîne ABC programme Orson Welles and the Art of Bullfighting qu'il réalise en Espagne : c'est vers cette époque qu'il s'installe à Madrid, mais Welles ne cesse d'aller et venir, prenant l'avion dès qu'une occasion se présente.


Le Procès
En 1960, le producteur Alexander Salkind propose à Welles d'adapter une œuvre moderne, mais libre de droit. Quelque temps auparavant, Michael Lindsay-Hogg, le (supposé) fils naturel de Welles, né en 1940 de Geraldine Fitzgerald, lui a soumis l'idée d'adapter pour le théâtre Le Procès de Franz Kafka. Plus tard, les droits cinéma se révèlent appartenir à un agent allemand. Toujours est-il que Salkind parvient à réunir 650 millions d'anciens francs avec un montage financier franco-italo-allemand et le tournage débute en mars 1962 à Zagreb (à défaut de Prague), en passant par la Gare d'Orsay, et se termine en juin. Welles revisite le roman, mais contourne quelque peu l'humour noir de l'auteur, innovant cependant en commandant à Alexandre Alexeïeff et Claire Parker une animation tirée de la Parabole de la Loi, incluse dans le texte originellement arrangé par Max Brod. Le film sort à Paris en décembre 1962 et décroche le Prix Méliès : The Trial est mal perçu par la critique anglo-saxonne, jugé baroque et déstabilisant, il s'achève sur un champignon atomique, Guerre froide oblige.

Dès la fin du tournage, Welles commence à vivre avec Oja Kodar, rencontrée à Zagreb. Dans la foulée, il continue d'être acteur pour les films des autres, et retenons de cette période sa rencontre avec Pasolini pour La Ricotta en 1963.


Falstaff

Trois ans après le tournage du Procès, il réalise Chimes At Midnight (Falstaff), qui est une refonte de plusieurs tragédies de Shakespeare qu'il a écrites sous le nom de Five Kings} en 1939 (Richard II, Henri IV, Henri V, Les Joyeuses Commères de Windsor) et en s'inspirant également des chroniques de Raphael Holinshed ; en février 1960, il reprend Five Kings au Grand Opera House de Belfast qui demeure pour Welles sa dernière performance sur les planches, mais qui sert en réalité de « pré-répétition » pour un film dont il a déjà l'idée en tête. Le tournage se déroule entre septembre 1964 et avril 1965 en Espagne et la production assurée par Emiliano Piedra avec l'aide ultérieure d'Harry Saltzman, que Welles avait rencontré à Madrid pour un projet, l'adaptation de L'Île au trésor.

Le thème central du film se fonde sur l'amitié trahie et la jeunesse perdue ; Orson Welles y incarne Sir John Falstaff. Sa passion dévorante pour le dramaturge anglais irradie ce film à la fois mélancolique et bouffon. Il considère qu'il s'agit de sa plus grande réussite : « Mon meilleur film est Falstaff, ensuite Les Amberson. Falstaff est le complément, quarante ans plus tard, de ce Citizen Kane que j'ai tourné à l'aube de ma vie ». Le film est une coproduction hispano-suisse avec un tournage en anglais dans les environs de Barcelone entre l'hiver 1964 et le printemps 1965. Jeanne Moreau, déjà présente dans Le Procès y tient le rôle de Dolly, entourée d'une kyrielle d'acteurs issus du théâtre anglais dont John Gielgud. Présenté à Cannes en mai 1966, le film décroche deux récompenses : le Prix du XXe Anniversaire du Festival du Film et le Prix de la Commission supérieure technique.


Une histoire immortelle
Durant l'automne 1966, Welles tourne pour la télévision française (ORTF), Une histoire immortelle (The Immortal Story), tiré d'une nouvelle de Isak Dinesen intitulée L'éternelle histoire et pour la première fois en couleurs. Conçu à la façon d'une "miniature", ce film comprend Jeanne Moreau, Roger Coggio et Orson Welles dans le rôle de Mr Clay. Il ne sera diffusé que sur la deuxième chaîne le 24 mai 1968, passant relativement inaperçu eu égard aux événements en cours, mis à part une scène d'un érotisme assez poussé pour l'époque et que Jean Renoir salua.

Quelques mois plus tard, Welles s'embarque pour le tournage de The Deep (1967-1969) - d'après Dead Calm (1963) de Charles Williams - sur un bateau, au large des côtes yougoslaves, avec, entre autres, Oja Kodar et Jeanne Moreau. Le film reste inachevé (cf. plus loin). Welles est alors à un nouveau tournant de sa carrière : il va faire face à une succession de projets avortés, dont le plus connu reste The Other Side of the Wind commencé en août 1970 avec ses amis John Huston et Peter Bogdanovich, et dont le tournage (chaotique) s'étend jusqu'en 1976. En 1969, CBS programme Around the World with Orson Welles puis, en 1971, Orson Welles Bag, comprenant des extraits de The Merchant of Venice. Mais le fisc américain confisque les financements reçus par Welles et le téléfilm reste inachevé. Cette année-là, Welles reçoit l'Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. C'est sans doute au cours de 1970 qu'il décide de quitter l'Espagne, et de rentrer aux États-Unis. Il s'installe à Los Angeles avec Oja Kodar, tout en étant toujours officiellement marié avec Paola Mori.


Dernières années

En quinze ans, Welles ne réussit à sortir que deux documentaires. Tout en continuant à jouer dans des films, à se montrer dans des émissions télévisées, à participer même à des publicités, il occupe l'essentiel de son temps à tenter de monter de nouveaux projets. Sa liaison avec Kodar est désormais publique. Elle participe avec lui à la plupart des films de fiction (des adaptations) que Welles, faute d'argent et de temps, ne parvient pas à terminer.


Vérités et Mensonges
Réalisé avec la complicité de François Reichenbach, Vérités et Mensonges (F For Fake) est un essai documentaire, une réflexion sur le cinéma comme art de l'illusion, ainsi que sur les différentes techniques mises en œuvre pour y parvenir.


Filming Othello
Revenant sur le tournage d'Othello à partir de documents datant des années 1950-52, Filming Othello (1978), est réalisé pour la télévision allemande (Hellwig Productions), mais bénéficie d'une distribution en salles américaines en juin 1979, fait rare et dû à la personnalité et au prestige de son auteur. En 1982, Welles devient le président de la cérémonie des César. La même année le 23 février, le président François Mitterrand le nomme Commandeur de la Légion d'honneur, la plus haute distinction civile en France. Il meurt à 70 ans, le 10 octobre 1985 à Los Angeles des suites d'un arrêt cardiaque quelques heures après avoir participé à l'émission télévisée le Merv Griffin Show.

Conformément à ses dernières volontés, ses cendres ont été dispersées en Espagne, dans la finca Recreo de San Cayetano près de Ronda en Andalousie, qui appartenait à son ami, le torero Antonio Ordóñez.

Ses meilleurs films

Un Homme pour l'éternité (1966)
(Acteur)
Citizen Kane (1941)
(Acteur)
Hôtel international (1963)
(Acteur)
La rose noire (1950)
(Acteur)
Cyrano de Bergerac (1950)
(Scénariste)
Monsieur Verdoux (1947)
(Trouveur d'idée)

Le plus souvent avec

Joseph Cotten
Joseph Cotten
(10 films)
Akim Tamiroff
Akim Tamiroff
(8 films)
Source : Wikidata

Filmographie de Orson Welles (144 films)

Afficher la filmographie sous forme de liste

Acteur

Lucifer et moi, 1h45
Réalisé par Jean-Jacques Grand-Jouan
Origine France
Thèmes Religion, Diable
Acteurs Jean-François Balmer, Orson Welles, Roland Dubillard, Pierre Étaix, Claude Chabrol, László Szabó

Un homme écrit. Quoi ? Son histoire ou le scénario d'un film. Il a du mal, en confie la tâche à son double, Lucifer.
Apple Jack
Apple Jack (2003)
, 16minutes
Origine Etats-Unis
Genres Drame, Comédie
Thèmes Extra-terrestres, Extraterrestre
Acteurs Sean Bridgers, Eugene Dynarski, Walton Goggins, Dylan Sprouse, Orson Welles, Cole Sprouse
Rôle (voice) (archive footage)
Note66% 3.334943.334943.334943.334943.33494
On October 30 in 1938, UFO reports about sightings over the United States are heard on CBS radio, and members of a neighborhood gets ready to fight the incoming extraterrestrials. That same night, two notorious criminals run away and are never heard from again.
Lost in La Mancha, 1h33
Origine Royaume-uni
Genres Documentaire
Thèmes Film traitant du cinéma, Documentaire sur le monde des affaires, Documentaire sur le cinéma, Documentaire sur les films, Buddy movie
Acteurs Jeff Bridges, Terry Gilliam, Johnny Depp, Jean Rochefort, Vanessa Paradis, Nicola Pecorini
Rôle Himself (archive footage)
Note73% 3.697063.697063.697063.697063.69706
Pendant l'été 2000 en Espagne, Fulton et Pepe suivent, pour en réaliser le making of, le tournage de ce qui aurait dû être The Man Who Killed Don Quixote, un film que projette de réaliser Terry Gilliam depuis plusieurs années. Jean Rochefort doit tenir le rôle-titre, et Johnny Depp et Vanessa Paradis font également partie de la distribution. Cependant, le tournage tourne vite à la catastrophe : problèmes d'organisation, conflits personnels, vols intempestifs de F16 de l'armée de l'air américaine basée en Espagne sur le site de tournage, pluie diluvienne dans un lieu désertique qui dégrade le matériel et altère le décor – le désert servant de lieu de tournage devenant verdoyant le lendemain du déluge –, maladie de Jean Rochefort qui empêchera celui-ci de jamais remonter à cheval et l'écarte des plateaux.
A Huey P. Newton Story, 1h26
Réalisé par Spike Lee
Origine Etats-Unis
Genres Drame, Documentaire
Thèmes Adaptation d'une pièce de théâtre
Acteurs Marlon Brando, Roger Guenveur Smith, Orson Welles
Note70% 3.5410853.5410853.5410853.5410853.541085
Le film écrit et interprété par Roger Guenveur Smith est la captation d'une représentation d'un spectacle de retraçant la vie de l'activiste afro-américain Huey P. Newton, cofondateur du Black Panther Party.
The Battle Over Citizen Kane, 1h53
Réalisé par Michael Epstein
Origine Etats-Unis
Genres Documentaire
Thèmes Film traitant du cinéma, Film sur un écrivain, La télévision, Documentaire sur le monde des affaires, Documentaire sur le cinéma, Documentaire sur une personnalité, Documentaire sur les films
Acteurs Orson Welles, Paul Winfield, Peter Bogdanovich, Robert Wise
Note77% 3.892523.892523.892523.892523.89252
In Citizen Kane, Welles plays Charles Foster Kane, whose fictional life partially mirrors that of Hearst's. However, Chicago inventor and utilities magnate Samuel Insull, Chicago Tribune publisher Robert R. McCormick, and even Welles's own life were used in creating Kane.
Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain, 3h45
Réalisé par Martin Scorsese
Origine Etats-Unis
Genres Documentaire
Thèmes Film traitant du cinéma, Documentaire sur le monde des affaires, Documentaire sur le cinéma, Documentaire sur une personnalité
Acteurs Martin Scorsese, Kathryn Bigelow, Frank Capra, John Cassavetes, Francis Ford Coppola, Brian De Palma
Rôle Lui-même
Note85% 4.293194.293194.293194.293194.29319
Martin Scorsese, célèbre réalisateur américain, énumère les films américains qui l'ont marqué et qui ont influencé son œuvre. Son voyage à travers le cinéma commence au début du siècle pour se terminer en 1969, date de son premier film : Who's That Knocking at My Door.
Get Shorty
Get Shorty (1995)
, 1h45
Réalisé par Barry Sonnenfeld
Origine Etats-Unis
Genres Thriller, Comédie, Gangsters, Action, Policier
Thèmes Film traitant du cinéma, Mafia, Gangsters
Acteurs John Travolta, Gene Hackman, Rene Russo, Danny DeVito, Dennis Farina, Dwayne Johnson
Note68% 3.4485153.4485153.4485153.4485153.448515
Chili Palmer est un prêteur sur gage de Miami, il ne s'entend pas avec son supérieur, Ray Barboni. Leo Devoe, un de ses emprunteurs meurt dans un accident d'avion. Mais lorsque Chili interroge Fay, la veuve, il découvre que Leo n'était pas dans l'avion. Fay reçoit de l'argent en dédommagement de l'accident d'avion, que Leo va jouer à Las Vegas.
La classe américaine, 1h10
Réalisé par Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette
Origine France
Genres Comédie, Policier
Acteurs John Wayne, Dustin Hoffman, Burt Lancaster, Robert Redford, Paul Newman, Lana Turner
Rôle lui-même
Note80% 4.03814.03814.03814.03814.0381
Le film se pose volontiers en hommage au Citizen Kane d'Orson Welles. La présence de ce dernier dans le film, qui fait savoir à quel point il n'aime pas « les voleurs et les fils de pute » informe le spectateur que le film se pose davantage en dédicace qu'en plagiat de l’œuvre mythique du cinéaste reconnu.
Don Quichotte
Réalisé par Orson Welles, Jesús Franco Manera
Origine Espagne
Genres Drame, Historique
Thèmes Buddy movie
Acteurs Akim Tamiroff, Paola Mori, Orson Welles, Patty McCormack, Fernando Rey, Constantino Romero
Rôle Lui-même
Note63% 3.1955953.1955953.1955953.1955953.195595
Les aventures du Chevalier à la triste figure perdu entre la Terre et la Lune, confrontant le monde ancien à la modernité, dans une Espagne rêvée et reconstituée qui le conduit de la Manche à Pampelune en passant par l’Estrémadure… accompagné de son fidèle serviteur.
La classe américaine, 39minutes
Réalisé par Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette
Genres Comédie, Policier
Acteurs John Wayne, Dustin Hoffman, Robert Redford, Steve McQueen, Paul Newman, Burt Lancaster
Rôle Himself (Archive Footage)
Note80% 4.03814.03814.03814.03814.0381
Diffusé pour les fêtes de fin d'année, ce second détournement est un Ça cartoon déjanté mêlant des séquences originales présenté par Valérie Payet et Philippe Dana à des extraits redoublés de dessins animés avec Bugs Bunny, Daffy Duck... et de films avec Steve McQueen, Burt Lancaster, Jack Nicholson, Jean Gabin, etc. Il s'agit du second des trois téléfilms du Grand Détournement.
La classe américaine
Réalisé par Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette
Genres Comédie, Policier
Acteurs John Wayne, Dustin Hoffman, Robert Redford, Paul Newman, Elvis Presley, James Stewart
Rôle Himself (Archive Footage)
Note80% 4.0380554.0380554.0380554.0380554.038055
George Abitbol, l'homme le plus classe du monde, meurt tragiquement lors d'une croisière. Dans un dernier souffle, il murmure : « Monde de merde ». Pourquoi ? Ces mots intriguent le rédacteur en chef d'un quotidien américain. Il dépêche ses trois meilleurs enquêteurs : Dave, Peter et Steven (prononcer « Pétère et Stéveune ») pour éclaircir ce mystère...